Corte mise en regards |

Le concept

Corte mise en regards est un déploiement de la chaire Développement des Territoires et Innovation de la Fondation de l'Université de Corse. Pour renforcer, documenter et diffuser la culture de l’aménagement du territoire en Corse, nous avons pensé qu'une lecture du paysage urbain de Corte, ville universitaire, pouvait être une première application concrète. Nous avons donc travaillé sur le palimpseste de regards artistiques qui se sont posés sur la ville...

Le but est bien de répertorier les œuvres d'artistes ayant peint, dessiné, photographié Corte, et d'essayer de replacer les images au point exact de leur origine, et installer dans la ville une déambulation, pour permettre une lecture sensible du paysage urbain. 

Un des premiers enjeux du projet relève de l'histoire de l’art. En effet, pourquoi ces artistes se sont déplacés en Corse et dans l'intérieur de l'île ? Air du temps, volonté d’exotisme pour des artistes essentiellement urbains ? Pourquoi, le temps du séjour, abandonnent-ils leur langage plastique habituel, la recherche pour laquelle ils sont reconnus, pour revenir aux « fondamentaux » de l'étude d'après nature figurative ? 

Il y a ensuite un enjeu cognitif : dans une époque où l'image précède le regard, ce parcours rendra à l’expérience vécue du lieu la part qui lui revient. Confronter les œuvres et leurs environnements d’origine permet de donner toute son importance à une sensibilité à l’espace, au point de vue, aux variations d’échelle, de lumière, au passage du temps. 

Il y a enfin un enjeu de développement local :comment peut-être perçu un regard « passager » sur le lieu de la vie quotidienne des habitants d'une cité comme Corte, porteuse d'une mythologie liée à l'émancipation politique de l'île, ville « Corse par excellence » dans l'imaginaire collectif ?  

 

 

Corte, le rêve de Nietzsche

Corte mise en regards, le concept

Pour accompagner au mieux ces pérégrinations artistiques, nous avons pensé à vous rappeler cette lettre que Nietzsche adressait en 1885 à son ami le compositeur Peter Gast :


Cher ami, ce me fut une fierté de ne pas avoir déplu avec mon idée corse. Moi-même, c’est la Corse qui m’attire le plus ; en particulier, j’aimerais résider à Corte, comme j’en ai la hantise depuis bientôt quatre ans. C’est là que Pascal Paoli a été proclamé maître de l’île – l’homme le plus accompli du siècle dernier ; c’est le lieu de très grandes conceptions (Napoléon y fut conçu en 1768, à Ajaccio il n’a fait que naître). 


En février 1888, une seconde missive de l’auteur de "Die fröhliche Wissenschaft, la gaya scienza" à Peter Gast témoigne de son obsession de s’installer à Corte : 

Un séjour en Corse ? On vient d’inaugurer le chemin de fer entre Bastia et Corte (1er février 1888). Nous trouverions notre compte à la grande modestie des coutumes corses, à la simplicité des mœurs. Et comme on y serait loin de la « modernité » ! Peut-être l’âme s’épure-t-elle et se fortifie-t-elle là-bas, devient-elle plus fière… Car je conçois clairement que l’on souffrirait moins, si l’on avait plus de fierté : vous et moi ne sommes pas assez fiers… Corte serait un séjour d’hiver et d’été. Réfléchissez-y un peu à l’avance : cinq années de Corse formeraient un contraste grandiose avec vos cinq années de Venise, une culture… 

On notera que ces projets restèrent à l'état de rêve et que Nietzsche ni Gast ne vinrent jamais à Corte...
Page mise à jour le 29/09/2016 par PHILIPPE ROCCHI